Chapitre II.
CURIOSITÉS MATHÉMATIQUES
12. Avantages de la précision numérique. — Ce n'est que dans la langue vulgaire, dans le simple langage grammatical, que la probabilité s'oppose à la certitude. Le langage grammatical n'est guère susceptible que d'affirmations et de négations : oui et non, certain et impossible, jour et nuit, blanc et noir... Au contraire, la science permet des descriptions et des explications beaucoup plus nuancées (i) : ainsi, la probabilité est une notion très générale, comprenant une infinité de cas particuliers (2) ; le langage mathématique les chiffre au moyen de degrés intermédiaires, qui s'intercalent entre deux extrêmes (ici 0% et 100%).
Nous reviendrons plus tard (§ 280) sur le rôle et la portée du calcul, « langue douée d'une admirable puissance de transformation et capable de condenser, dans ses symboles, un nombre immense de résultats » (Emile Picard). Nous montrerons également que c'est une pure illusion que de croire qu'une théorie scientifique puisse être réfutée, d'un ton gouailleur, en quelques minutes, par un contradicteur qui ne dispose pour tout bagage que de sa « petite » jugeotte ou de son « gros » bon sens (3). Le philosophe Royer-Collard l'avait bien vu : «Déclarer la théorie superflue, c'est avoir l'outrecuidance de dire : on n'a pas besoin
(1) Il est piquant de constater que les mathématiques puissent être plus « nuancées » que la littérature, ou « l'esprit géométrique » que « l'esprit de finesse ».
(2) Au lieu d'un nombre restreint d'adverbes : un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout…
(3) Comme l'écrit Albert Turpain, professeur à l'Université de Poitiers, « la liste des bévues du sens commun est inépuisable : c'est lui qui voyait la Terre plate, bordée par le Styx; c'est lui qui fit tourner le Soleil et les étoiles autour du grain de poussière que nous habitons, proclamant la Terre le centre des mondes. Plus tard, le sens commun objecta que les gens des antipodes devraient avoir la tête en bas…»