Chapitre XXV.
LA CHANCE ET LA DESTINÉE
276. En guise de conclusion. — Nous en avons fini avec l'examen des jeux de hasard, que nous avons subdivisés en deux grandes classes :
1° Dans les jeux de pur hasard (chap. XVIII), les « caprices » du hasard sont nécessairement annihilés, à la longue, par des prélèvements draconiens, que les pontes ont la naïveté d'accepter;
2° Dans les jeux de semi-hasard (chap. xxiv), la supériorité d'un joueur sur ses adversaires, si elle est suffisante, triomphera — à la longue, également — de ces mêmes « caprices ».
Mais les problèmes que le hasard soulève ont une portée plus considérable, qui dépasse de beaucoup l'importance sociale des jeux. Cette conclusion a pour but d'en donner une idée : après avoir montré comment le hasard intervient dans la vie de chacun de nous, on rappellera succinctement par quelles étapes la notion de probabilité s'est développée dans le passé et quelles sont les résistances qui s'opposent encore à une saine compréhension des choses.
277. Précisions sur le hasard. — Si le langage familier (§ 1) définit le hasard par « coïncidence exceptionnelle » (1), les savants ont fait cette remarque plus profonde, à savoir que le hasard s'impose d'autant plus tyranniquement dans une question, que celle-ci est plus embrouillée, qu'elle dépend d'un plus grand nombre de conditions distinctes. On pourra donc dire qu'un événement est « dû au hasard », quand ses causes
(1) Exemple : J'habite Narbonne et je viens passer quelques jours à Paris. En me promenant, je rencontre un ancien camarade du lycée de Montpellier, que j'ai perdu de vue depuis dix ans et fixé lui-même à Bordeaux.