CHAPITRE XVI
LE PARADIS DU BIKINI
SI LA CÔTE D’AZUR N’EST PLUS UN LIEU EXCLUSIVEMENT réservé aux ébats des rois et des princes, c’est encore un lieu de plaisir, et, à mesure que les années passent, il semble que la Côte devienne de plus en plus libre, et que l’insolite et le bizarre ne causent plus guère de commentaires. Là où le rang et la position sociale étaient jadis les critères importants, l’argent est devenu un élément plus important encore, quelle que soit l’attitude qu’on adopte. Après avoir erré sur la Côte et observé la forêt de yachts qui encombrent tous les ports, John Crosby, un chroniqueur américain et commentateur caustique des moeurs de ses contemporains, est arrivé à la conclusion que le yacht était un symbole du statut individuel à Monte-Carlo. Et, tandis que les yachts deviennent chaque année plus grands et plus somptueux, les bikinis en vogue sur la Côte se sont réduits à l’irréductible minimum.
De temps en temps, pourtant, on peut aller trop loin, comme Lady Docker eut le loisir de le constater. La noble Anglaise commença dans la vie sous le nom roturier de Nora Turner et, jeune fille, vendait des abat-jour dans un grand magasin de Birmingham. Elle avait vingt ans lorsqu’elle fit son premier brillant mariage, avec Clement Cunningham, propriétaire d’une marque de liqueurs londonienne. A sa mort, elle hérita la confortable fortune de cinq cent mille dollars.