CHAPITRE III
LA PREMIÈRE PRINCESSE AMÉRICAINE
DE MONACO
MALGRÉ TOUT LE TOHU-BOHU JOURNALISTIQUE QUI entoura le mariage de l’actrice de cinéma Grace Kelly et du prince Ramier, et en dépit de tout ce que l’on continue d’imprimer chaque année pour maintenir vivant ce conte de fées du mariage d’une roturière américaine avec un prince régnant, même le plus diligent des lecteurs aurait du mal à trouver une allusion quelconque dans tous ces articles au fait que la princesse Grace n’est pas la première femme américaine à partager le trône de Monaco.
La princesse américaine oubliée, qui était, elle aussi, une jolie blonde, était Alice Heine, membre de la célèbre famille de banquiers et petite-nièce du grand poète Henri Heine; à sa mort, en 1925, elle était princesse douairière de Monaco. Il est plutôt étrange qu’elle soit ainsi tombée dans l’oubli, car c’est en grande partie à ses efforts que Monte-Carlo, de simple casino de jeu, évité à l’époque par les femmes respectables, est devenu l’un des centres culturels du monde. C’est elle qui était la force agissante derrière l’opéra, le théâtre et les ballets de Monte-Carlo. C’est elle qui poussa de grands artistes à y venir, qui encouragea les compositeurs à faire des expériences et qui contraignit le Casino à subvenir aux frais de tous ces efforts artistiques, qui ne tardèrent pas à devenir l’un des grands atouts de la station et à y attirer même les non-joueurs.