CHAPITRE V
SYSTÈMES ET SUPERSTITIONS
LES TOURISTES VONT TOUJOURS VOIR A MONTE-CARLO la statue équestre de Louis XIV, à l’entrée de l’Hôtel de Paris. Ils sourient parce que le genou du cheval est usé par les caresses des innombrables joueurs superstitieux qui l’ont touché avant d’entrer au Casino. Et plus d’un, parmi ces touristes railleurs, passe lui-même les doigts sur le genou du cheval, sous le prétexte de voir comme il est lisse, avant de se précipiter à l’intérieur du Casino, et ce sous le regard poli des employés de l’hôtel qui dissimulent leur envie de sourire.
Le jeu et la superstition sont de grands alliés; ils l’ont été depuis le jour où l’homme, non content de lancer ses défis en soulevant des poids, s’est mis à parier, et le Casino pourvoit même à ce genre de besoin. Une diseuse de bonne aventure bohémienne a la permission d’exercer son métier à l’intérieur du bâtiment; elle ne peut pas prédire les numéros gagnants ou perdants, mais seulement si son client aura de la chance ou de la malchance ce soir-là. C’est une situation parfaite pour une devineresse : il lui suffit d’avoir l’air sombre pour rarement se tromper.
La peinture était à peine sèche sur les murs du Casino nouvellement ouvert que les joueurs commencèrent à y amener leur variété infinie de charmes, talismans, signes mystiques, contorsions et gymnastiques, tout cela destiné à déjouer les lois immuables des mathématiques.